Poésie/première 62 TARN EN POÉSIE 2015 avec JACQUES ANCET
par Martine Morillon-Carreau
ARPO, une petite histoire de grande poésie. Grâce à ARPO (Animation Revues rencontres en POésie),
oui, la poésie a bien de la chance dans le Tarn ! Et le Tarn,
celle, incomparable, de vivre en poésie sans doute un peu plus
intensément qu’ailleurs… En particulier (sans parler de l’exposition,
toute l’année à Carmaux, au centre culturel J.B.Calvignac, d’un choix
de revues de poésie du fonds ARPO riche, quant à lui, de près de
vingt-cinq mille exemplaires), pendant les denses et fameuses Journées Tarn en poésie ,
où l’association, chaque année depuis 1983, invite des poètes de renom
à venir partager leurs poèmes, leur œuvre et parler de la poésie. Au
fil des ans, « Tarn en poésie » a ainsi pu faire écouter :
Pierre Gamarra, Jean-Marie Le Sidaner, Eugène Guillevic, Jean
Rousselot, Léopold Sedar Senghor, Andrée Chedid, Jean Joubert, Michel
Deguy, Lorand Gaspar, Bernard Noël, Salah Stétié, Christian Hubin,
Pierre Dhainaut, Gérard Engelbach, Frédéric-Jacques Temple, Pierre
Oster, Pierre Alain Tâche, Jeanine Baude, Charles Juliet, Charles
Dobzynski, André Velter, Guy Goffette, Vénus Khoury-Ghata, Jean-Michel
Maulpoix, Lionel Ray, Adonis, Jean-Baptiste Para, Kenneth White, Hélène
Dorion, Abdellatif Laâbi...
Et, chaque année, ARPO confie à une revue la charge de rendre compte de ces Journées dédiées à la poésie. Ainsi, lors de la venue de Pierre Gamarra en 2003, Emmanuel Hiriart y avait-il œuvré au nom de Poésie/première.
2015 : JACQUES ANCET, l’invité de TARN EN POÉSIE. Pour la trente-troisième édition de « Tarn en poésie », où Poésie/première a
de nouveau le plaisir – cette fois-ci par ma voix – de reprendre
la parole, l’association ARPO, créée en 1982 par le regretté
Jean-Lucien Aguié et par le poète Gérard Cathala son actuel président,
a reçu Jacques Ancet.
On connaît l’œuvre exigeante de Jacques Ancet, à qui d’ailleurs, dans le numéro 27 de Poésie/première, Emmanuel Hiriart avait déjà consacré un article (« Jacques Ancet ou la brûlure de l’imperceptible »).
Poète « obstiné » de la recherche d’un « langage [qui]
permet d’échapper au langage » mais également essayiste,
traducteur, romancier, Jacques Ancet conçoit l’écriture poétique (tant,
dans la poésie au sens strict de genre, que dans des ouvrages dits de
prose), comme un « mode de méditation » sur les mots, la
langue, qu’on utilise au quotidien sans se poser habituellement de
question. Mais Jacques Ancet, riche d’une longue expérience de
professeur d’espagnol en classes préparatoires, sait aussi se montrer
auprès des publics scolaires les plus variés - comme devant ses
auditoires adultes et avec quelle savante simplicité - grand passeur de
poésie !
Car « Tarn en poésie », c’est - pour la majeure partie
des rencontres organisées par ARPO - le rendez-vous du poète invité
avec les classes de plusieurs établissements scolaires. L’occasion
(in-)espérée pour que se produise, chez les adolescents, le
précieux et mystérieux petit déclic qui préside au surgissement de
l’émotion poétique. Ce qui ne saurait au demeurant advenir qu’en suite
et condition d’une longue, patiente préparation, comme d’une véritable
synergie entre, d’une part l’équipe d’ARPO - dont sa
vice-présidente, la si chaleureuse et efficace Michelle Gros - et
d’autre part les chefs d’établissement des établissements
concernés : Mesdames Compain, Delpeyrat, Monsieur Tommasi,
ainsi que les dévouées professeures et documentalistes : Mesdames
Bruel, Drif, Foch, Gansinat, Malmmon, Narozny, Négrier, Roland, ainsi
que Clérisse Carrasco et Caroline Ginestet, bibliothécaires de la
médiathèque Pierre Amalric d’Albi et bien sûr, Madame Deschaux,
directrice du réseau des médiathèques de l’Albigeois et Madame Périé,
directrice du Centre Culturel de Carmaux.
Plusieurs livres du poète invité ayant été mis
préalablement à la disposition des élèves, ceux-ci ont pu les manipuler
librement, les observer à loisir, dans leur matérialité
particulière : papier, présentation, format différents ;
avant qu’un recueil ne soit finalement choisi, puis lu et travaillé par
l’ensemble d’une classe.
JACQUES ANCET au Collège Taillefer de Gaillac.
Ainsi d’abord, dans la matinée du jeudi 26 mars, Jacques Ancet
a-t-il successivement rencontré, au Collège Taillefer de Gaillac,
les élèves de 5ème B et C, qui avaient étudié Vingt-quatre heures, l'été :
« On a essayé de comprendre… », dit modestement un élève.
Dans les deux classes, après un silence un peu intimidé, les questions
finissent pourtant par s’enchaîner rapidement : « Vous l’avez
écrit l’été, ce livre ? », « Vous avez mis combien de
temps ? », « Depuis combien de temps
écrivez-vous ? », « Pourquoi écrivez-vous ? »,
« Écrivez-vous encore aujourd’hui ? », « Comment
trouvez-vous l’inspiration ? » « Qu’est-ce que vous
préférez : les vers ou la prose ? » Et
Jacques Ancet de répondre tout d’abord qu’il continue bien sûr toujours
à écrire - et même davantage encore qu’autrefois, parce que
« l’écriture, c’est toute la vie » ! Qu’il s’agisse
d’ailleurs, indifféremment, de prose ou de vers : il n’a pas de
préférence ! En effet, précise-t-il, la poésie peut se trouver
aussi dans la prose, les romans en particulier. Quant à Vingt-quatre heures, l'été,
oui, il a bien écrit ce livre pendant cette saison, et assez vite - en
un mois. Une idée qui lui est venue « un jour, comme ça », où
il a eu envie d’écrire « quelque chose qui égrène les
heures : un vers, une heure ; deux vers, deux heures… ».
« C’est le sentiment de l’été, de quelque chose de plein, de la
plénitude de l’été, l’idée d’égrener les heures » et le « le
texte s’est déroulé ainsi, jusqu’à vingt-quatre heures »...
Puis, après avoir confié qu’il écrit depuis l’âge de dix ou
douze ans, le poète aborde le point si important mais si complexe de
savoir ce qui un jour déclenche le désir d’écrire, question qu’il
développera davantage ensuite avec les élèves de lycée : « Il
y a des choses qui m’impressionnaient … Il faut qu’il y ait
quelque chose qui se passe ! Un jour, on a une émotion et on a
besoin d’écrire… On commence par imiter et puis, à mesure que le temps
passe, on trouve sa manière personnelle… à la fois voix et voie -
propres ». Autre question pertinente posée, celle du
rapport entre le métier de professeur et traducteur d’espagnol et
l’écriture de poèmes : « Comment êtes-vous passé de
l’espagnol à la poésie? » Immédiate est la réponse :
« les deux activités sont liées, d’ailleurs je traduis aussi des
poèmes de langue espagnole en français ».
Si les questions peuvent se montrer très concrètes,
comme : « pourquoi les pages de votre livre ne
sont-elles pas coupées ? Est-ce vous qui l’avez
décidé ? » la réponse de Jacques Ancet va ouvrir sur une
dimension plus profonde que l’anecdote d’un choix éditorial
particulier. Si l’éditeur a décidé de ne pas couper les pages, c’est
d’une part, explique le poète, en donnant l’impression que le livre est
ancien, pour l’inscrire dans une continuité, une tradition et d’autre
part pour que le lecteur ne puisse découvrir le livre que petit à
petit. Une marque de résistance, en quelque sorte, à la frénésie
consumériste de l’époque !
Quand un élève de 5ème C lit son poème : « La
Chenille », la professeure de lettres précise qu’elle a en effet
invité ses élèves à s’intéresser aux choses minuscules, comme le fait
Jacques Ancet - qui acquiesce : ces toutes petites
choses sont en réalité « les choses de la vie et on ne les
voit pas ». Ainsi, « la poésie nous met face à ce qu’on ne
voit pas dans le quotidien et qui existe »… « le trajet des
fourmis » par exemple … Et Jacques Ancet profite d’une
nouvelle question, « Quel est votre poète préféré ? »,
pour approfondir l’idée précédente. Après avoir dit, en en faisant
résonner toute la force, le mystère, un poème du poète grec Yannis
Ritsos, dont il rappelle que, né en 1909 et mort en 1990, il a
passé la moitié de sa vie en prison pendant la dictature des colonels,
Jacques Ancet montre que ce poète a lui aussi un grand « sens des
choses quotidiennes, minuscules, tout en ayant le sens de
l’immensité » et qu’en nous faisant entrer dans
l’imperceptible réalité de tous les jours, le poème nous met soudain
face à une étrange fissure, cet interpellant mystère existentiel de
l’inconnu.
La lecture, par plusieurs élèves, d’extraits de Vingt-quatre heures, l'été,
permet ensuite au poète de leur faire approfondir le sens de telle ou
telle expression du texte, de préciser, d’éclairer. En insistant aussi,
à chaque lecture, sur l’importance d’un débit suffisamment lent, d’une
voix suffisamment forte, pour rendre au mieux un poème, pour le laisser
résonner. Et, à son tour, de sa belle voix grave et posée, habitée,
Jacques Ancet relit pour eux ses poèmes, véritable cadeau offert à son
auditoire, avant la surprise de cette découverte, en fin de séance
: Jacques Ancet, musicien et parolier, chantant en s’accompagnant à la
guitare « La valse à mots » dans une classe et
« Apocalypse Rock » dans la suivante ! De jeunes visages
qui s’illuminent d’un coup, des pieds qui se mettent soudain à scander
discrètement la mesure : manifestations évidentes du plaisir pris
ce matin-là par les élèves à leur rencontre avec le poète !
Jeudi après-midi, à la Médiathèque Pierre Amalric d’Albi,
avec une classe de 3° découverte professionnelle du Lycée professionnel Rascol.
C’est d’abord – moment et texte émouvants – un élève qui,
au nom de ses camarades, prend la parole pour saluer le poète invité,
rappeler les souvenirs de la classe sur l’expérience poétique, avant
que plusieurs élèves ne lisent des poèmes de Jacques Ancet, qui précise
aussitôt ensuite combien écrire le « prend toujours au
dépourvu … comme si soudain le courant passait ». Avec en prime,
un précieux secret d’écriture : « Tout le travail du poème
est de dire ce qu’on ne sait pas dire, en cassant le langage
habituel ». Fuse alors cette question,
très personnelle : « Que ressentez-vous quand vous écrivez
un poème ? ». Jacques Ancet va y répondre sans
hésiter : « J’ai envie d’écrire la beauté, ce qui brutalement
surprend et supprime d’abord les mots… d’écrire l’inconnu qu’on ne voit
pas habituellement … Je suis emporté par un mouvement rythmique
qui en sait infiniment plus que moi ». Car c’est bien cette
soudaine « familière étrangeté » du quotidien – dans la
lignée de Ritsos, dont un élève vient de lire un poème – qui,
interpellant Jacques Ancet, le pousse à écrire, lui qui, sans
pessimisme ni optimisme, simplement, « accueille tout ». Y
compris d’ailleurs la modernité des nouvelles technologies :
« moyens de prolonger le texte par autre chose que le support
papier », elles « nous transforment » et nous font
percevoir le monde différemment. Jacques Ancet qui utilise par exemple
le « tweet » pour érire des poèmes en 140 signes maximum, y
voit une intéressante nouvelle contrainte d’écriture. Une forme
littéraire nouvelle. Une nouvelle richesse.
Un élève interroge ensuite Jacques Ancet sur son « métier de
traducteur », l’occasion pour le poète d’évoquer un grand ami
disparu, le poète argentin Juan Gelman, qu’il a traduit et pour qui,
après sa mort, il a écrit l’hommage d’une milonga.
Traduire, dit Jacques Ancet, c’est « offrir ce qu’on
a aimé à d’autres lecteurs ». Un rôle de passeur en somme, comme
le métier d’enseignant. Et pourtant, d’une langue à une autre, le
passage n’est pas forcément évident : « Quand on voit les
choses, on les voit aussi à travers le nom qu’on leur donne ». En
changeant de langue et donc de nom, les choses ne sont peut-être plus
tout à fait les mêmes… Comme la poésie, « intrusion de l’étrangeté
dans le quotidien », l’exercice de la traduction permet de prendre
conscience de l’énigme qui le traverse. Puis,
lorsque les élèves se mettent à lire ses poèmes, Jacques Ancet insiste
sur le fait que la lecture doit faire entendre la coupe des vers, qui
ne coïncide pas tout à fait avec la syntaxe, ce qui renforce justement
cette impression d’étrangeté provoquée par le « bougé » de la
lecture. Et Jacques Ancet de relire, selon ces principes, quelques uns
de ses poèmes ainsi que, traduit par lui, un texte de Juan Gelman sur
la poésie. Mais, en lisant, en écrivant, des élèves ont prolongé leur lecture du poète invité en composant eux-mêmes des textes. En voici deux :
Ombre et lumière Gros point d’interrogation
Mystère et évidence On ne sait pas ce que c’est On devine seulement Le flou, la transparence M’intriguent, me déstabilisent De la même manière J’y vais, je fonce Il faut que je trouve
(Josué Adell)
*
Victorio
Mon petit frère
Tu es parti dans l’air
« - Victorio, où vas-tu ?
- Là-haut.
- Oui, mais où ?
- Ailleurs
- On se retrouvera ?
- On ne se quittera pas.
- Mais comment te reconnaître ?
- Moi, je te reconnaîtrai. »
Ton nom gravé sur mon bras
Je ne t’oublierai pas
Ton nom gravé dans ma tête
Je ne suis pas bête
Tu ne reviendras pas.
(Mathias Besson)
On mesure à cette aune, par delà quelques émouvantes
maladresses juvéniles, combien ces élèves ont, au plus profond,
ressenti le déclic poétique, combien ils ont perçu, vécu, compris, qu’à
la Poésie revenait de mettre en jeu, en mots – chair et sang mis en
mots, en langue – l’imperceptible, l’obstinée, l’incontournable
fêlure existentielle ! Mais après ces
lectures, bien sûr, l’atmosphère est grave. Par la musique et l’humour
Jacques Ancet va la détendre, en chantant son « Apocalypse
rock », qui ramène le sourire sur les lèvres… avant qu’un élève ne
lui demande de lui prêter sa guitare pour une improvisation, dont la
douceur mélancolique emporte bientôt à son tour l’assistance !
Jeudi soir, au Centre Culturel J-B. Calvignac de Carmaux…
Au centre Culturel de Carmaux, où, dans la salle Jean
Malrieu, est en permanence exposé l’ensemble des nombreuses revues de
poésie associées à ARPO par adhésion annuelle, le poète Jacques Ancet
était attendu à 18 heures, pour l’Inauguration de Tarn en Poésie 2015.
Véronique Barck, documentaliste mise à disposition d’ARPO par la Ville
de Carmaux, y a réalisé une exposition sur Jacques Ancet et son œuvre,
avec, outre les livres du poète, des extraits de revues parlant de ou
avec lui (entre autres un texte d’Alain Freixe, dans Coup de soleil n° 60, un entretien de Véronique Daine avec Jacques Ancet dans Traversées
n° 60…) On lit, on découvre, on retrouve, on approfondit. Mais dans la
grande salle déjà pleine, où sont également exposées des œuvres de
Muriel Boursin, artiste peintre, le poète Gérard Cathala, président
d’ARPO, commence à présenter le programme de la soirée…
Au jeune Antoine Dubusc, 11 ans et demi, revient de lire
d’abord, en ouverture, avec un vrai sens du texte, un poème de Jacques
Ancet puis le groupe Fluidanse de Bénédicte Dubusc, inspiré
par ces mots du poète : « la beauté, c’est le suspens,
l’impossible coïncidence », interprète et met en espace plusieurs
de ses textes. Le discours du maire de
Carmaux, Monsieur Alain Espié, vient tout naturellement s’inscrire dans
ce sillon poétique d’exigence et de tolérance. Rappelant que
« l’année 2015 a démarré sous de forts mauvais auspices avec le
traumatisme que le massacre de Charlie Hebdo a provoqué en France en
janvier », puis avec le « déchaînement de violence de
quelques illuminés pour détruire, à Mossoul en Irak, des oeuvres datant
de plusieurs siècles, classées au patrimoine mondial de
l’humanité », le maire insiste sur le fait que « la liberté
de pensée et l’art en général sont les premières victimes du
totalitarisme et du fanatisme » et que d’ailleurs « les
poètes ont souvent eu à souffrir de persécutions liées à leurs
engagements ». Mais au-delà du rappel de
ces tragédies, le maire veut inciter à garder espoir car « pour
l’amateur de poésie, "au commencement est le Verbe" et sa puissance
créatrice, qui nourrit la mémoire et " transforme la nuit en
lumière " ». Et de se dire ensuite justement impressionné par le
travail de Jacques Ancet, son « œuvre de passeur, d’effaceur de
barrières », et qui, comme en témoignent ces lignes qu’il cite du
poète, montrent bien la haute idée sans concession que ce dernier se
fait de la poésie : « Pas à pas, mot à mot, avancer c'est s'approcher de cet autre côté dont on sait bien pourtant qu'on ne l'atteindra pas »
avant d’évoquer l’invitée plasticienne, Muriel Boursin et l’influence
du yoga sur sa démarche artistique. Après avoir remercié les deux
invités, le maire conclura sur une réflexion de Senghor, à méditer
« en ces temps difficiles » : « la poésie ne doit
pas périr car alors où serait l’espoir du monde ?»
Après le discours du maire, Paule Bruel et Claudette
Nouaillac, d’ARPO, se relaieront pour dire quelques forts poèmes de
Jacques Ancet, tirés entre autres de Chronique d’un égarement et de Chutes.
Visiblement touché, Jacques Ancet, remercie alors ARPO
pour son accueil rare et son action en faveur de la poésie. Car,
ajoute-t-il, « dans ce monde où règne la parole décervelante des
médias, la poésie (au sens large), qui est force de vie, aide à tenir
et résister » ! Et c’est précisément
un poème de résistance, intitulé « Sur la poésie », du poète
argentin Juan Gelman, que Jacques Ancet choisit d’offrir à son
auditoire, avant que Gérard Cathala ne reprenne la parole pour clore
cette soirée par les remerciements d’usage
, le rappel de la manifestion du 19 mars à Gaillac, « La Poésie en
folie » et l’annonce de la venue d’Aurélia Lassaque, poète de
langue occitane, à la médiathèque d’Albi le 19 mai, en partenariat avec
le Centre Culturel Occitan Rochegude.
Puis, en écho au bel hommage à la poésie sur lequel
Jacques Ancet vient d’achever son intervention, Gérard Cathala -
manière plus d’ouvrir que de refermer la soirée - livrera au public
cette citation de Maria Zambrano, philosophe espagnole traduite par
Jacques Ancet : « La poésie est née pour être le sel de la
terre »…
Matin du vendredi 27 mars, au Lycée Lapérouse d’Albi.
Au Lycée Lapérouse, ainsi nommé en hommage à
l’explorateur et marin Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, né
près d’Albi en 1741, Jean Jaurès enseigna la philosophie de 1881 à 1883
et, de 1918 à 1928 Georges Pompidou y fit de brillantes études. C’est
dans cet établissement chargé d’histoire que Jacques Ancet est appelé à
intervenir auprès d’une 2e et de deux classes de 1ère - S et L.
L’accueil du poète par les élèves y prend la forme d’un
remarquable récital, associant musique et poésie : un élève,
Alexandre, joue au piano ses compositions, en intermèdes à des poèmes
de Jacques Ancet - le début de L’Identité obscure - dits par sept autres élèves, six jeunes filles, un garçon : « Comme un appel auquel on voudrait répondre »… « un éblouissement minuscule »… « le poème n’existe pas. Seule existe la trace qui en reste »…
Jacques Ancet se dit très ému par cette interprétation de
ses textes, « des textes qui se sont écrits à travers moi »
ajoute-t-il, précieux indice à méditer pour qui veut percer un peu plus
le secret de l’advenue du poème, dont la principale source
d’inspiration lui est bien le langage, « notre langue parlée par
des millions de gens avant et après nous - monde bruissant qui emporte
là où on ne pensait jamais aller ».
« Mais, lui demande une élève, d’où vous est venu ce désir
d’écrire précisément de la poésie ? » Et Jacques Ancet
d’évoquer, souvenir déterminant de son CM2 , « Le
jaguar » de Leconte de Lisle. L’occasion de rappeler le goût des
poètes parnassiens pour les tableaux exotiques… Le petit Jacques est
donc fasciné par ce poème, que son instituteur donne à
apprendre en « récitation » aux enfants, tout en leur
déconseillant – trop difficile – la dernière strophe ! « Ce
sont pourtant, confie Jacques Ancet avec un humour attendri, avant de
les réciter, les seuls vers de ce poème dont je me souvienne
aujourd’hui » … « Je n’y comprenais rien, avoue-t-il en
souriant, mais il y avait quelque chose qui se passait ! » -
quelque chose, oui, comme la poésie soudain lui advenant…
Autres poèmes et moments clés : « La mort du
loup » de Vigny puis, en classe de seconde, Baudelaire pour la
première fois… « Chant d’automne » en particulier :
« Et alors, là ! Le frisson ! » car, la poésie,
c’est bien d’abord « une expérience du corps » !
Jacques Ancet dit aussi avoir été très marqué par Victor
Hugo, véritable « nébuleuse » : « Hugo est tout à la
fois, poète, romancier, pamphlétaire, homme politique, homme de
théâtre… » Mais Apollinaire, puis la poésie
espagnole du XXème siècle ainsi que la lecture du poète grec Yannis
Ritsos ou de Pierre Reverdy et Jean Follain, ont également beaucoup
compté pour Jacques Ancet, qui, lui-même poète du quotidien, est avant
tout sensible à son évocation, traversée, habitée par une soudaine
étrangeté. Une élève demande alors au poète
invité s’il est inspiré par les gens qui l’entourent. « Pour
écrire je suis dans un certain état, un vide où je disparais avec mes
préocupations de tous les jours et dans ce vide des choses
apparaissent, une voix se met à parler »… toute une
« effervescence minuscule » qui préside à l’écriture. Le
monde qui entoure le poète devient alors la matière du poème :
« j’écris avec la vie de tous les jours qui remplit le poème sans
que j’en fasse une imitation ». La neige ainsi, est présente dans
les poèmes de Jacques Ancet, parce qu’il vit en Haute-Savoie, ou les
mouches… « parce qu’elles sont là, en été »… et qu’elles
sont d’autre part « une image du minuscule ».
Lorsque les élèves en viennent aux questions relatives à
son riche et brillant travail de traducteur d’espagnol, Jacques Ancet
aura cette formule choc : « On tue le texte pour le faire
revivre dans une autre langue ». On ne peut traduire en effet une
voix unique qu’en faisant naître, dans et par la traduction, une
autre voix unique. Une histoire de « transcréation »
permettant de passer d’une langue à l’autre, sans se contenter de
traduire le seul sens des mots, ce qui serait insuffisant puisque le
sens d’un texte réside dans toute son organisation. Traduire c’est
avant tout découvrir les moyens de rendre ce que le texte originel
avait produit sur son lecteur. « Un effet physique ».
Et à la question de savoir si cette activité de traducteur
a influencé son activité de poète, Jacques Ancet répond que lorsqu’il
s’est mis à écrire des vers impairs : 7, 9, 11, 13, « des
vers un peu boiteux » qui prosaïsent le poème, il s’est aperçu que
ses traductions des vers espagnols avaient rejailli sur sa propre
écriture poétique. En sens inverse, c’est parce qu’il avait lui-même
écrit les grandes proses ou poèmes romanesques d’Obéissance au vent, qu’il a eu envie de traduire Ramón Gómez de la Serna.
En revanche, pour Jacques Ancet, à qui un élève demande si
la musique l’a parfois inspiré, les mots du poème ne peuvent rivaliser
avec la musique et vice versa. Même s’il l’aime, même s’il a écrit À Schubert et autres élégies,
même si le rythme en poésie est important, « la musique est un
monde à part entière » : « Ce que j’écris c’est dans le
langage ». Est alors posée la question de la ponctuation ou de la
non-ponctuation, dont Jacques Ancet dit justement décider en fonction
du rythme qui habite l’écriture et la porte. Rien de gratuit bien
évidemment ! Et quand il a choisi de traduire les poèmes de Jean
de la Croix sans ponctuation c’est parce que la ponctuation indûment
ajoutée au fil des siècles et des éditions en était parfois venue à
trahir la pensée du grand poète mystique espagnol.
Mettre des poèmes en musique est donc périlleux et Jacques
Ancet de rappeler l’interdiction hugolienne : « Défense de déposer
de la musique au pied de mes vers » ! Une
exception néanmoins, confirmant la règle : la réussite de Léo
Ferré quand il met Aragon en musique. Expérience d’ailleurs beaucoup
moins convaincante avec Baudelaire et Verlaine. À son tour, et devant
les visages émus, émerveillés des élèves, en particulier de ses
lecteurs du début de séance, Jacques Ancet interprète en s’accompagnant
à la guitare : « Je chante pour passer le temps… »,
poème d’Aragon sur une musique de Ferré. Nouvel instant de grâce.
L’écriture d’une chanson est toutefois encore autre chose,
obéit à d’autres contraintes. Chanson et poème sont « les deux
branches d’un même arbre mais qui ne vont pas dans le même
sens ». Alors que la chanson se contente de faire partager des
émotions, « le poème va aux limites du langage ».
Mais, non, dans sa poésie Jacques Ancet ne cherche pas à
délivrer de message : « Avant d’écrire je n’ai rien à dire…
Le poème est simplement une force de langage, une force de vie. Un
passage de vie... Le seul message serait ce passage de vie, comme
si on serrait la main de quelqu’un ». Forte image ! Après sa lecture d’extraits de Huit Fois Le Jour,
une suite de huit sections de huit poèmes, de huit vers chacun - forme
dont Jacques Ancet dit que la contrainte s’est imposée à lui, on lui
demande s’il revient parfois sur ce qu’il a écrit pour le modifier.
« Une fois que c’est écrit, pour moi c’est fini ! »
répond-il. Mais « il n’y a pas de règle », le temps qu’il met
à écrire un recueil est très variable. Ode au recommencement
lui a par exemple demandé un an, à cause de la contrainte d’écriture
qu’il s’était fixée, d’un 8 août au 8 août de l’année suivante. En tout
cas le poète, qui, lorsqu’il n’écrit pas de poèmes, traduit, affirme ne
pas connaître, contrairement à Mallarmé hanté par ses exigences
d’écriture, l’angoisse de la page blanche. Sans objectif précis,
Jacques Ancet écrit et fait ainsi, tout simplement son « chemin en
marchant », comme le disait Machado - un chemin qui « va vers
l’inconnu de l’existence ».
14 heures. Jacques Ancet au Lycée Aucouturier de Carmaux
avec une seconde de baccalauréat professionnel.
Les élèves interrogent tout de suite le poète sur la
raison de son choix de l’espagnol : le hasard, rétorque
Jacques Ancet ! Une langue commencée en 4ème et puis, son père
ayant travaillé dans le textile avec des Catalans, il s’est bientôt
rendu en Espagne, dont la langue l’a immédiatement beaucoup plus attiré
que l’anglais. Quant à sa pratique de la traduction - « un
exercice amoureux, un exercice de passeur » - il ne la sépare pas
de son activité d’écrivain, « traduire c’est écrire mais
différemment » et il existe entre les deux une influence, un
échange constants.
Mais pourquoi avoir choisi d’écrire de la poésie ?
« J’écris pour savoir » répond le poète. Après la rencontre
avec des textes qui l’ont impressionné, enfant, vers dix ans : les
romantiques, Vigny… et, de Victor Hugo, un très long poème, « Le
parricide », dont un vers, « Le linceul était rouge et Kanut
frissonna », le faisait aussi frissonner. Car « La poésie
s’adresse au corps ! » De même pour écrire, « il faut
qu’on soit surpris par quelque chose qui vient d’en-dessous,
d’ailleurs, de l’inconnu en vous ou hors de vous ». Mais, rappelle
le poète, pour écrire, il faut s’oublier soi-même, faire le vide.
« Une voix se met à parler et le texte apparaît et des choses se
produisent, qu’on n’avait pas prévues » parce que « le monde
dans lequel on vit est traversé par une étrangeté ». La poésie -
« un dire de ce qui ne peut pas se dire » - est activité de
méditation, « qui vise à rendre visible l’invisible » et où,
confie le poète, « les mots sont comme des pierres devant moi, que
je suivrais sans savoir où cela me mènera… alors que le Petit Poucet
jetait ses cailloux derrière lui ».
Mais le travail d’écriture est très solitaire, avoue le poète, qui
trouve en revanche « extraordinaire » de rencontrer des
lecteurs inconnus : « j’ai l’impression d’être un peu moins
inutile »… Et de faire appel à une image de la transmission
poétique qui lui chère : « c’est comme une poignée de
mains » entre l’auteur et son lecteur.
Et oui, répond ensuite Jacques Ancet à un autre élève qui
lui demande comment les mots l’aident au quotidien, oui, si nous sommes
manipulés, décervelés, formatés par le langage au quotidien, l’écriture
poétique permet quant à elle d’écrire contre ce langage qui nous
enferme. La poésie nous introduit à l’ouvert ! Mais
elle est auparavant « exercice de vide, qui conduit à habiter le
présent ». Ainsi, comme dans Portrait d’une ombre, où
« la neige recouvre tout jusqu’au ciel », où l’« on
n’entend rien », où l’« on s’enfonce dans l’instant »,
quand on écrit on doit s’effacer soi-même pour que l’autre commence à
parler. Une tâche à recommencer toutefois indéfiniment.
Puis une élève évoque la ponctuation, un autre les rimes.
« Les phrases se ponctuent d’elles-mêmes » dit le poète,
« les vers sont en eux-mêmes des ponctuations ». Il rappelle
qu’au XVIème siècle on ne ponctuait pratiquement pas, qu’à la fin du
XIXème les poètes ont réagi contre la ponctuation qui
« arrête » le flux du poème et que de nos jours presque aucun
poète ne ponctue plus ; mais que, selon le type de texte, il peut
ponctuer ou pas. Quant à la rime, close après le
« sonnet en -yx » de Mallarmé, elle a laissé la place au vers
libre. Mais « quand j’écris des chansons, j’écris en rimes »
dit Jacques Ancet, qui chante en s’accompagnant à la guitare sa
« Valse à mots », une chanson où mots et musique lui sont
venus en même temps. Mais, précise le poète, la
mise en musique de poèmes est très difficile et, lui, n’écrit pas de
poèmes pour les mettre en musique ! Ayant évoqué la réussite
de Ferré dans sa mise en musique de Rutebeuf et d’Aragon, il interprète
« Je chante pour passer le temps » d’Aragon, puis, avec le
même succès auprès de son jeune public, « Il faut de tout pour
faire un monde » de Queneau, que Jacques Ancet a mis lui-même en
musique.
Vendredi 27 mars, 20 heures 30, Soirée Poésie
à la Médiathèque Pierre Amalric d’Albi :
Rencontre avec Jacques Ancet, présenté par Yves Charnet.
La soirée fait salle pleine. Une bonne centaine de
personnes. Comme à Carmaux, de nouveaux sièges devront être apportés...
Après le discours de Michelle Gros, vice-présidente d’ARPO, c’est au
poète et romancier Yves Charnet, également spécialiste de Baudelaire,
professeur à Supaéro, de présenter son ami Jacques Ancet.
« Obstiné », relève bien sûr d’emblée Yves
Charnet, est un mot qui revient très souvent dans l’œuvre de Jacques Ancet. Une
« obstination, discrète comme lui, d’une parole rare, la parole
poétique », qui se lève « contre le prêt-à-mâcher » des slogans.
Et de rappeler que Jacques Ancet a toujours voulu rester à l’écart des
mouvements, des chapelles : « Jacques Ancet s’est tenu à sa
note ». C’est-à-dire « répondre au monde par la parole », en
nommant des sensations, des morceaux de la nature et laisser monter à lui cette
voix mystérieuse « qui parle en-dessous des mots ». Et cependant, précise Yves Charnet, la voix qu’il
s’agit d’entendre n’est pas une voix intérieure, c’est la voix qui,
« assignable à personne », parle seulement, dans le monde. Où se font
aussi entendre les voix les plus sombres, ce que la guerre, la torture peut
faire de pire. D’où, l’étrangeté de l’œuvre de Jacques Ancet :
si douce, si sensible aux paysages - la montagne par exemple, mais aussi
affrontée au pire de l’époque. Une œuvre que’Yves Charnet rapproche de
l’univers de Bernard Noël, chez qui coexistent bonheur du visuel et atrocité de
l’histoire. Mais, dans ces poèmes de l’obstination, se rejoue à
chaque livre une manière d’être au monde - celle d’un poète cézannien toujours
sur le même motif. Et pour qui le vide,
au cœur de son expérience, est la condition pour que se passe quelque chose
entre lui et ce /ceux que regarde le poète. Un homme assis et qui regarde…
et cherche l’infini dans ce qui se
passe ! Jacques Ancet, disponible
à l’incessant qui se passe, a cette endurance qu’il faut pour écrire, pour
bander l’arc et lancer aussi régulièrement ses flèches.
Jusqu’à
l’affolement des publications et traductions. Car Jacques Ancet est traversé
par une parole, « Cette parole qui me fait, et qui me défait » …Avant
de lire un de ses premiers poèmes, texte de 1972 intitulé
« Silence corps chemin », le poète invité reprend la parole
avec cette citation de Joe Bousquet : « Tout l’état poétique vise à restituer au corps l’état de sa naissance »…
Puis Yves Charnet intervient de nouveau : On sent
l’écoute d’une voix souterraine à la parole, celui qui parle dans tes
livres et qui dit « je »…
Jacques Ancet :
Depuis qu’il existe des poètes, ils ont parlé de cette altérité qui est
en eux. Car il s’agit d’opérer,selon les mots de Mallarmé, la disparition élocutoire du poète.
Faire le vide pour que le bruissement d’une voix se mette à parler et
que simultanément, dans l’écriture du poème, une nouvelle apparition
élocutoire intervienne car, toujours pour citer Mallarmé, devant le papier l’artiste se fait.
Yves Charnet : Une voix qui vient avant toute décision thématique, ce chuchotement qui impose un certain rythme…
Jacques Ancet :
Oui, le poète est un ventriloque. C’est ce qui fait que le texte
commence. Par une force de langage qui se met en mouvement. Il
y a un état méditatif devant la page. On fait le vide pour laisser
s’entendre cette voix, qui prend des formes différentes au fil des
livres, créant des visions… apaisantes, mais pas toujours… On retrouve
chez des poètes comme Dante ou Celan cette énigme de l’altérité, de la
voix qui parle avec des tonalités différentes.
Yves Charnet : C’est de l’ordre de l’écouter voir… avec des micro paysages, des choses du monde sensible. Jacques Ancet :
Au départ il y a cette apparition mais elle a besoin, pour durer, de
s’appuyer sur certains éléments extérieurs : le monde quotidien
qui m’entoure, vu sans préoccupation d’action, d’utilisation.
Yves Charnet : Comme dans L’Imperceptible… « C’est là. Ça n’a pas d’image »…
Jacques Ancet :
Oui, la première phrase appelait, était un germe. Il y avait
l’imminence de quelque chose qu’on n’arrive pas à saisir et qui se
produit. Jacques Ancet lit alors des extraits de L’Ode au recommencement, dont il précise que « Je reviens » est un début qui s’est imposé dès l’orée de l’écriture. La fin de cette lecture inspirée est saluée par les applaudissements enthousiastes de la salle.
D’où
un certain temps de recueillement avant les questions, qu’inaugure le
poète Gilles Lades : Ce sont des textes longs, sans couture,
comment s’élaborent-ils ? Y a-t-il parfois des ratures, des
repentirs ?
Jacques Ancet : Cela dépend des livres. J’écris toujours sous contrainte. Celle du texte qui les secrète… Dans L’Ode au recommencement je
me suis donné une limite temporelle : du 8 août au 8 août de
l’année suivante. Je pratique une écriture plutôt continue, sans
beaucoup de ratures et une fois que c’est fait, c’est fait ! Mais
chaque livre a sa propre contrainte, qui s’impose, donnant un cadre à
l’écriture et à l’imagination.
Question : Dans Image et récit de l’arbre et des saisons, vous n’avez pas choisi n’importe quel arbre, vous avez choisi un poirier…
Jacques Ancet :
Au départ c’est un arbre d’encre, qui est devenu un poirier, un grand
poirier sauvage non domestiqué… celui que je voyais en face d‘une de
mes fenêtres. J’ai écrit sur le motif !
Yves Charnet :
il y a un côté cézannien !… D’ailleurs Jacques Ancet a
entretenu un long compagnonnage de travail avec Alexandre Hollan, le
peintre des arbres. Jacques
Ancet : Oui, Alexandre Hollan, qui a aussi écrit des propos
remarquables sur la peinture… Et la citation que j’ai empruntée à
Hollan, « L’arbre est invisible », en exergue d’Image et récit de l’arbre et des saisons, je ne l’ai insérée qu’après l’écriture du poème… À
la demande d’Yves Charnet, Jacques Ancet lit « La dernière
phrase », bouleversante élégie sur la mort de son père.
Une
lecture qu’il prolonge par une confidence sur les circonstances qui ont
présidé à l’écriture de ce texte – en particulier au choix de son
titre : La dernière fois qu’il a vu son père, celui-ci, en train
d’achever l’écriture d’un essai scientifique sur Fermat, lui avait dit
en chercher « la dernière phrase ». La mort est survenue
avant qu’il ne la trouve… Après
ce grave point d’orgue, tout empreint de l’émotion qu’on imagine,
Gérard Cathala, président d’ARPO, après avoir remercié les invités, les
institutionnels et l’assistance, clôt la grande soirée de poésie – et
d’art poétique – offerte par Jacques Ancet, avec tant de simplicité,
générosité, au public albigeois, dans l’amitié du partage et du passage
poétique. Mais non sans lui demander de faire profiter encore
l’assistance de son talent de musicien ! Et ce sera donc sur
l’humour savant de « La valse à mots », chantée par Jacques
Ancet qui s’accompagne à la guitare, que le public va quitter la salle…
Au nom de ARPO, Gérard Cathala remercie M. Alain Espié, Maire de la
Ville de Carmaux ainsi que M. Robert Crespo maire adjoint chargé de la
Culture ; les Villes de Gaillac et d’Albi, le Département du Tarn,
la Région Midi-Pyrénées, la Direction Régionale des Affaires
Culturelles, le Centre Régional des Lettres, le SUDOC Midi-Pyrénées, le
groupe Fluidanse et le Centre Culturel Jean-Baptiste Calvignac de
Carmaux, la Médiathèque Pierre Amalric d’Albi, le Centre Culturel
Occitan Rochegude d’Albi, les lycées et collèges d’Albi, Gaillac et
Carmaux, leurs documentalistes, professeurs et élèves.
(Martine
Morillon-Carreau, Poésie/première 62)

|