" À l'affût
de l'accord " la poésie d'Anne-Lise Blanchard
Traverser le jour blanc
:
Anne-Lise Blanchard (Sac à mots Edition,
80p., 13,50€, 2004)
(par Martine
Morillon-Carreau, 7
à dire n° 12)
Ainsi m'est apparue, dans Traverser
le jour blanc, la poésie d'Anne-Lise Blanchard
qui, " éprise
/ de l'écho de lumière ", s'y
affirme " à
l'affût
/ de l'accord / avec [son] âme ". Une
quête de l'accord,
harmonie avec soi-même comme avec le monde,
profondément
liée d'emblée à cette
lumière explicitement
évoquée en nombre de poèmes, et
elle-même
associée aux présences s'offrant au
poète - pour
qui " chaque visage
" se fait "
porte-lumière " contre le silence, l'absence.
Le
livre dit, répète, pour mieux nous en
éclairer,
éblouir, les jeux colorés de la
lumière "comme
l'arc-en-ciel / dans sa grande caresse ", son
intensité exaltant "
les couleurs / des plus beaux bouquets ", " les pétales grenat or
et feu ", "
ce violet des âmes échouées / sur des
grèves de feu
" mais son éclat surtout quand elle se fait blanche, adjectif
clôturant le titre et par la suite, récurrent.
L'auteur
est née à Alger, en 1956 : le lecteur, averti par
la
quatrième de couverture, ne peut s'empêcher de
rapprocher
cet élément biographique de
l'évocation de telle "
ville blanche
", que le poète voit "
s'éloign[er] si doucement / qu'il lui était
impossible de croire à un adieu " ; et le
souvenir de l'Afrique du Nord ne pourrait-il pas aussi bien se
révéler en cette " pointe blanche / à
l'extrémité des terres brûlées /
où subsiste seul / le point d'interrogation / d'un arbre
ultime et encore vert " ? Le poète, qui insiste
pourtant sur l'importance de "
la mémoire
enfouie ", de " l'enfance
encore là ", de " remonter le temps
", ne nous le précise pas ; pudeur peut-être,
désir
surtout sans doute de préserver par l'ellipse l'aura de
mystère et de charme qui nimbe ses poèmes.
Rien
d'esthétiquement ou d'exotiquement gratuit cependant :
qu'elle
soit celle de mai - et avec bonheur qualifiée de " duveteuse ", celle
du " solstice
d'été " dispensatrice d' " amples gorgées de
ciel ", ou "
grains de lumière dans les jardins du temps
", la lumière omniprésente suggère
toujours, comme
au-delà, celle de la spiritualité : Anne-Lise
Blanchard,
qui avant de collaborer aux revues Verso,
Lieux d'Être et I.H.V., a
été publiée pour la
première fois par la revue Laudes, chante
la " lumière
/ maillée de Fontenay ", le " rayonne[ment] " du
" souvenir de Cluny
", et cette lumière biblique au " Mont Nébo
" où " Il
est apparu vêtu de blanc / foulant le sable blanc
".
Or, le
poème " Saint-Guilhem-le-Désert
" après en avoir mentionné le " calcaire ",
évoque aussi les " carmélites
" à " la voix claire
", mais les suggère " ombres blanches "
, figure paradoxale, que la rhétorique nomme oxymore et
qu'on
peut retrouver presque identique - même si la structure
grammaticale tend ici à l'atténuer, en cet autre
texte
où le poète affirme : " C'est blanc / dans la nuit
". La lumière et l'ombre, le jour et la nuit n'existent
qu'en
fonction les uns des autres, les uns par rapport aux autres. Dans
l'univers poétique d'Anne-Lise Blanchard où " la complicité de la
nuit / avec le végétal et l'animal / nous gagne /
au plus sûr de nous ", la quête de " l'accord
" passe bien par cette tension dialectique entre l'ombre et la
lumière et - laissons le dernier mot de cette
forte
comparaison au poète - comme l' " herbe pointe qui trouve sa voie /
parmi les volis de l'hiver ".
(Martine Morillon-Carreau,
Revue
7 à
dire n° 12)

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