Odile
Caradec : Le Sang, cavalier
rouge
(Sac à mots, 2009, 72 pages, 13,50 €)
(par Martine Morillon-Carreau,
7 à dire n° 41)
Après plus
de vingt recueils publiés, entre autres par Traces,
Le Dé
bleu, L'Arbre
à paroles, Odile Caradec
confie en 2009 Le Sang, cavalier rouge aux éditions Sac
à mots.
Si l'auteure
n'écri[t] que quand ça bouge,
et si - alors - la
vitesse d'esprit des poètes ressemble / à celle des colibris,
des marsouins ou des singes,
c'est bien du mouvement de la nature ou des choses simplement humaines
et quotidiennes qu'elle tire la matière de sa poésie.
Au contraire le
TGV brouille lespistes ; sa
vitesse, artificielle et mécanique, l'empêchant de s'adonner
à cette occupation contemplative nécessaire: À
chaque instant j'ai besoin de regarder / les oiseaux et les fleurs.
L'art poétique
d'O. Caradec procède ainsi, je ne dirai pas d'une quête,
mais d'un accueil patient (de cette patience du renard en chasse), ébloui,
souvent humoristique, de ce que Baudelaire appelait " l'impeccable naïveté
". Une ouverture attentive aux sensations, aux rencontres, en particulier
celles des mots, ingrédients
/ tous propices au poème
qui sont autant de pépites
délectables.
Car O. Caradec sait
concocter des poèmes qui allient saveurs matérielles et
saveurs spirituelles : d'innombrables
questions se posent / dans l'impasse Blaise
Pascal /
[...] Le vin y coule, les cerises y sont aussi nombreuses / que les
astres. Insolites mariages sucré-salé
où le regard et la joie
du poète se font parfois féroce[s],
comme en ce Restaurant
[où]
les viandes vivantes dévorent les viandes mortes :
le jubilatoire motif récurrent de la nourriture rend ici une
tonalité rien moins qu'hédoniste !
Nul dualisme, nulle
fracture toutefois entre l'esprit et le corps, entre l'infini d'en haut
et celui d'en bas, voire entre vie et mort, comme en témoigne
le beau paradoxe qui célèbre la couleur bleue :
le Bleu, mon précipice / Le Bleu, mon champ d'étoiles.
Un monisme, en fin de compte, et qui s'affiche avec une insolente naïveté,
une provocation tranquille, quand O. Caradec, qui n'hésite pas
à dire le plaisir par exemple de pisser
entre les arbres et les étoiles,
se définit ainsi : Je
suis un soleil fou, un âne, enfin une âme.
L'écriture d'O. Caradec est
donc avant tout mouvement, flux de l'eau libre, du sang, de la vie.
Elle coule, furtive ou impétueuse, toujours sauvage, à
la poursuite des mots-étoiles,
des mots
trous noirs / des mots qui pourraient [la] projeter / hors de la planète
terre et le lecteur en soit
sûr : le
lasso n'estpas prêt qui la rattrapera
!
(par Martine Morillon-Carreau,
7 à dire n° 41)
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