biobibliographie | recueils | poèmes dits | motscouleurs | sur la poésie | recensions | échos critiques | haïsha haïku | Sac à mots édition | Revue 7 à dire | liens |
Roland HALBERT : Grenier à sel Pour saluer Gracq ( FRAction, 2009, 20 €) "Quelque chose brille de tout son sel..." (par Martine Morillon-Carreau, Poésie/première n° 46, mars/juin 2010) Poésie / première (le numéro 12 €), Maison Allegera – Lot. Ibai Ondoa, F-64220 ISPOURE Il est - entre Nantes et Angers, à Saint-Florent-le-Vieil, Rue du Grenier à sel - une adresse mythique pour les amoureux d'Un beau Ténébreux et autres Château d'Argol ou Rivage des Syrtes : celle d'une tranquille maison des bords de Loire, propriété de Louis Poirier, autrement dit Julien Gracq. Le poète Roland Halbert, nantais né en Anjou, la connaît bien pour y être venu visiter le romancier géographe, auquel il rend avec son Grenier à sel Pour saluer Gracq un hommage poétique subtil, vibrant, inspiré. Comme dans En lisant en écrivant Gracq le disait de la " stendhalie " où " le poids du monde s'allège ", à la suite du poète nous y entrons en " gracquie ". Autant dire en poésie. Monde du regard autre, décentré par rapport à la conscience ordinaire, un regard d'enfance et d'étonnement. Comment, à la lecture de Grenier à sel, ne pas penser (mais est-ce hasard ?) à cette méditation du romancier dans Préférences sur la rêverie : "Ces images […] sont à la fois les mêmes que celles de la vie courante et elles sont aussi privilégiées : c'est seulement […] l'éclairage, l'émotion qui change et qui les transfigure. […] la rêverie est […] comme […] un reverdissement brusque de toutes choses […] Ce qui est important, ce n'est pas d'avoir un œil pour des visions flamboyantes, c'est d'être capable […] de cet état d'écho […] de mise en rumeur […] qui accueille le tout venant pour en faire […] de l'insolite. " Or, c'est bien cet état d'écho que Grenier à sel rend ici sensible, comme une bruissante, mélodieuse mise en rumeur poétique des lieux chers à Gracq, de ses œuvres, de son imaginaire en même temps que de celui de l'auteur, en des sortes de vibrations - harmoniques (dernier mot du livre…) par sympathie. Roland Halbert, dont les mises en page évoquent souvent une partition musicale, parle d'ailleurs de " poésique " à propos de son écriture. Rythmant en outre la succession des poèmes, des textes et dessins insolites, voire énigmatiques - où l'artefact malicieux se mêle ironiquement / poétiquement, au réel - viennent leur apporter respiration ou contrepoint : fragments de manuels de géographie, construction géométrique à partir d'une carte, questionnaires, symboles alchimiques, ou, avec ses hautes allures de stèle, la fin d'une lettre manuscrite de Gracq à l'auteur ; sans oublier trois récits de rêves, qui mettent le poète en scène dans l'onirique compagnie de Gracq puis de Stendhal et même de Sollers devenu l'auteur d'un … Ravage des sites, petits chefs-d'œuvre d'humour et de poétiques doubles sens (au moins), que n'aurait pas reniés le surréalisme ! Car on ne s'y trompera pas : Grenier à sel nous parle aussi - avant tout peut-être - de poésie, " ce précieux appeau / capable d'attraper / au vol / le mot de passe / des migrateurs / et destiné / à tromper la mort / qui chasse / embusquée / dans sa gibecière de plomb ". Une histoire de géographie poétique en fin de compte - où l'art alchimique du poète, " oiseau migrateur " ou " saulnier ", opère ses transmutations sous le signe du sel. Poésie / première (le numéro 12 €), Maison Allegera – Lot. Ibai Ondoa, F-64220 ISPOURE ![]() |