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Comme voix d’enfance, « cette joie du signe au printemps »
Emmanuel Hiriart : Je voulais grandir davantage (éditinter, 4ème trim. 2005, 13 euros)


(par Martine Morillon-Carreau,
Revue 7 à dire n° 21)

    Le nouveau recueil d’Emmanuel Hiriart : Je voulais grandir davantage , fait alterner vers libres et proses poétiques, souvenirs de lecture et de vie, allusions et citations, comme autant de bifurcations entre humour, méditation et mélancolie tendre, dans une atmosphère onirique et funambulesque.
   Le poète y emprunte tour à tour le masque, cher entre autres à Baudelaire, du saltimbanque ; celui, biblique mais revisité par le rêve, d’un Noé « feuilletant ses bêtes » ; ou celui, parodique autant que démiurgique, d’un Dieu « ayant relu la création » (mais est-ce Dieu qui rêve qu’il est Noé ou Noé rêvant qu’il est Dieu… à moins que le rêveur ne soit aussi – surtout – le poète) ; celui du pirate Diego le Navarrais, où le clin d’œil revendiqué à Hergé  (et à Defoe) permet le développement d’une coruscante autobiographie imaginaire  ; voire, heureux et riches avatars naturels du poète, celui de l’arbre qui « retrouve au réveil, dans la nuit des racines, son chemin jusqu’au Livre multiple, rongé de terre et raturé d’eau vive, qui nourrit sa rêverie », ou celui du « vautour sans âge » qui « signe le ciel / Comme un poète / En nouant son énigme ».
   On reconnaît bien, là encore, (« étrange harmonie des choses dissemblables ») cet art subtil du décalage auquel E. Hiriart nous avait habitués dans ses six précédents recueils, et qui constitue sa reconnaissable  manière, si particulière.
   Mais derrière chacun de ces masques, comme derrière, ouvrant le livre, l’énigmatique et déroutante « inconnue de la nuit dernière » d’abord mathématique puis – à travers d’insensibles glissements sémantiques – s’avérant (combien poétique) « vol d’oies sauvages » et « soleil sur la vitre »,  ou derrière « l’inconnue [qui] sourit » le refermant, c’est bien la voix de l’enfant qui nous interpelle ; avec cette « impeccable naïveté » si paradoxalement concertée, permettant seule, selon Baudelaire, d’aborder le domaine des  correspondances  : cette « Île mystérieuse », dirait  après Jules Verne E. Hiriart, pour qui « le voyage extraordinaire » du poème, « entre les mots », ne saurait avoir d’autre terme que d’atteindre enfin,  « dans l’ambiguïté d’être » et « vers les sources de la musique »   - parce que tout compte fait « le désespoir est superficiel » - à « cette joie du signe au printemps ».         

(Martine Morillon-Carreau, Revue 7 à dire n° 21)

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