Jean-Louis Bernard, Ce lointain de silence, Encres Vives n°482, 2018
-6,10€.
Dans ce nouveau recueil, Jean-Louis Bernard invite donc son
lecteur à le suivre en « ce lointain de silence », qui préside à la
naissance de la poésie. Car, paradoxalement, pour l'auteur, le silence est
langage ; et pas n'importe lequel : « un langage qui permet de dire ce qui
n'est pas dit » et donc de révéler peut-être le secret qui préside à toute
véritable écriture : cet énigmatique et précieux « étui de la vérité »,
selon la formule de René Char rappelée par le poète en quatrième de couverture. Ainsi, quand le langage quotidien n'est qu'utilitaire, est-on
appelé « à recoudre » le silence, ce qui suggère, toujours dans cette
fortifiante optique paradoxale, que les mots sans valeur seraient des sortes
de trous dans la plénitude matricielle du silence.Ainsi, également - et l'on trouve dans l'œuvre de Jean-Louis
Bernard denombreux exemples de cette conception apophatique - à l'instar du Dieu de la théologie négative, la poésie reste-t-elle sans doute
et comme sur « les ailes de l'abîme », inconnaissable et indicible. Mais la chance du désir poétique réside dans
cette aporie, jusqu'au vide même, que le poète nous invite justement à ne pas « laisse[r] /se
ternir». Jusqu'à ce que, de ce vide, surgisse enfin l'éclair attendu.
Finalement, en effet, même si « nous allons/vers ce désert latent/ où tout
s'efface »... y compris l'absence, la magie de l'instant poétique qui seul
peut faire vaciller le temps, illuminée de mots authentiques, « chandelles
/excédant la nuit», est telle que l'océan peut remonter le cours du fleuve
et le poète de nouveau parcourir ses « chemins
(par Martine
Morillon-Carreau, Poésie/première 73)
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