Aux Soudaines
Sources de la poésie avec Monique
Labidoire (Sac
à mots édition, 2006)
(par Martine Morillon-Carreau,
Revue
7 à
dire n° 27)
Il y a, nous dit Platon, trois
sortes d’hommes : « les vivants, les morts
et ceux qui vont sur la
mer ». Chez Monique Labidoire, si les
vivants ont perdu le ciel et la
source tandis que les morts veillent à la renaissance des
forêts, on
rencontre aussi d’étranges voyageurs […]
poussés par des forces
erratiques qu’entraîne l’aventure
océane. Et c’est à eux que
l’auteure
s’adresse d’emblée, eux qui prennent
pour tout bagage les mots, pour tout
langage le poème.
Car Soudaines Sources (Sac à mots,
octobre
2006), dix-neuvième ouvrage de Monique Labidoire qui opte
ici pour l’écoulement
fluide du poème en prose, chante de nouveau
l’écriture poétique, le
mystère de
son surgissement. Mais de Guillevic on le sait, comme elle aime
à le rappeler,
l’auteure a appris que « vivre en
poésie, c’est ne jamais interrompre le
dialogue avec les éléments du
monde ». Pertinente
leçon ! La méditation sur les mots
s’incarne donc ici le
plus souvent dans l’expérience sensible, dans la
matérialité des choses et du
monde : Matières en fusion que la parole
et l’écriture proclame le
poète, en quête
d’« alchimie du Verbe », lorsque
déjà,
pour une transmutation des éléments du monde en
matière poétique, l’enfant
saisit la plume de l’oiseau au flottement de la
rivière pour tracer les mots du
livre et tenter le poème
Toutefois, heureux
du flamboiement des feuilles et des fruits, du brin d’herbe,
de la chenille, de
l’escargot et de la pierre apparente au mur de sa maison,
l’homme qui,
dans le partage et la lumière, peut
prétendre habiter la terre en poète, ne
s’en trouve pas moins confronté à la
nécessaire exploration de l’obscur.
Ainsi, l’auteure qui sait tarissable la source de
la lumière,
lance-t-elle cet avertissement : Petit homme, crains
beaucoup ! Car
l’homme de la terre [qui]
appelle la source et la lumière peut-il ignorer la
nuit sans étoiles ?
Mais, comme les marins de la tradition antique, en
proie à l’indécidable entre-deux des
vivants et des morts, le poète doit
apprendre à naviguer entre
lumière et
ombre, apprendre à en poétiser la tension
même. Certes, Il y a de quoi
questionner les arbres et les choses
[…]
/ Il y a de quoi mettre au
jour les
mots du poème.
(Martine
Morillon-Carreau, Revue
7 à
dire n° 27)

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