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« C’est ça la poésie… »

Manoll-Cadou : une amitié en plein cœur de Jean-Claude Albert Coiffard  

(Cahiers bleus / Librairie bleue, 16 euros)
 

Ainsi a dit Hélène, la lycéenne de Seconde, qui aimait déjà tant la poésie, en reposant sur la table Brancardiers de l’aube, le premier recueil d’un certain René Guy Cadou, ami de son frère : « C’est ça la poésie ». On est en 1937. Printemps 2001 à Louisfert, « Louisfert-en-Poésie », selon la formule de Manoll, dans le jardin « où le son de [sa] voix abolit le temps », c’est Hélène Cadou elle-même qui raconte le beau et fort souvenir au poète J-C. A. Coiffard… Une des multiples précieuses anecdotes – non des moindres – à découvrir dans son nouveau livre Manoll-Cadou : une amitié en plein cœur.

Préfacé par le poète Yves Cosson, l’essai de J-C. A. Coiffard évoque, avec toute la ferveur de son admiration ardente pour les deux poètes ligériens, le souvenir d’une amitié exceptionnelle qui fut aussi fraternité en poésie.

Après avoir d’abord brossé le décor de la ville de Nantes en 1936, l’auteur nous introduit, en compagnie d’un lycéen de 16 ans, chez le libraire-bouquiniste de la place Bretagne, Michel Laumonier, déjà connu en poésie sous le pseudonyme de Michel Manoll ; le jeune client s’appelle René Guy Cadou. C’est bientôt par l’intermédiaire de son ami Manoll que Cadou entrera en relation avec Max Jacob, mais aussi avec Reverdy, dont J-C. Coiffard rappelle l’influence sensible dans les recueils que les deux amis vont respectivement faire paraître en 1937.

J-C. Coiffard, qui a nourri son essai de sa longue et profonde connivence avec les oeuvres des deux poètes de cette « École de Rochefort » dont il raconte la genèse en 1941 sous l’impulsion de Jean Bouhier, rappelle aussi qu’il ne s’agissait pas là d’un mouvement littéraire à proprement parler, mais plutôt d’un regroupement de poètes sous le simple signe de l’amitié.

Se succèdent ainsi souvenirs personnels sur l’histoire de Nantes, anecdotes, émouvantes précisions biographiques sur Manoll, Cadou, leur goût commun pour le pays de Retz, puis sans que les liens amicaux se défassent, les chemins de vie qui néanmoins s’écartent après la guerre, Manoll devenant journaliste et homme de radio à Paris, tandis que Cadou est nommé instituteur à Louisfert ; notations plus proprement littéraires, citations éclairantes, extraits et analyses de la correspondance des deux amis, entre eux ou avec d’autres grands noms de leurs contemporains, extraits de poèmes, reproductions de l’écriture de Cadou, en particulier des émouvantes dernières lignes écrites à Manoll, ainsi que  la préface inédite de Manoll pour Brancardiers de l’aube, esquissent par petites touches la haute figure du Poète en guetteur « à la proue du monde ».

Mais le talent de conteur du poète J-C. Coiffard est aussi fait d’une tendresse de regard sur le monde et les êtres, d’un enthousiasme et d’une sensibilité poétiques qui donnent constamment l’impression d’écouter les souvenirs, les confidences cœur à coeur, d’un ami si passionné de la poésie et des autres poètes, qu’il ne peut que donner envie de lire, relire, les œuvres dont il vient de nous  parler.

(Martine Morillon-Carreau, Poésie / première n° 25)


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