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" ce cahier à la mer "
(par Martine Morillon-Carreau, 7 à dire n° 13) à propos de De longues heures, ainsi... (Ludmilla Podkosova , Sac à mots édition 64p., 12€, 2004)
Mystérieux, le titre du nouveau livre (et
quinzième
ouvrage de poésie) de L. Podkosova se charge
dès
l'épigraphe d'un sens à la fois programmateur et
ouvert.
Empruntée à Christian Bobin : " De longues heures
ainsi,
à considérer toutes les choses suivant cette
lumière... " la phrase inachevée propose en son
suspens
(horizon de lecture qu'on osera dire en l'occurrence éclairant) cette perspective lumineuse
dans laquelle l'auteur nous invite à recevoir son
poème.
La première de couverture le précise en effet : il s'agit d'un seul grand poème, dont chaque texte constitue une sorte d'épisode - lancé, scandé par la lancinante répétition initiale du titre. " Le redirai-je, le redirai-je ? " : ainsi que le suggère T.S Eliot, la répétition s'enrichit, à chaque reprise, de tout ce qui a suivi ses précédentes occurrences. Mais la narratrice ne nous raconte pas une histoire d'amour, elle en dit le vécu impressionniste, sous la lumière crépusculaire de la séparation, l'abandon par l'être aimé, et de son souvenir. Lumière mélancolique, nimbant de sa ferveur les lieux parcourus ensemble, ou dans la mémoire de l'amour perdu ; avec une prédilection pour les paysages du bord de l'eau. Ainsi, le poème qui s'ouvre près d'un fleuve, se clôt-il devant la mer : Du " bord des granits de la Seine " aux heures " dédiées à la marche lente et rouge ", jusqu'à la " lagune de Carteret ", et à la baie où finalement jeter " ce cahier à la mer ". Mais avec " l'amour des ruisseaux ", " les bras des fleuves ", " le Pont-Neuf " ou " le canal Saint-Martin ", puis " Cabourg " et " une mer sans ciel en Manche ", les " sables gris et mouillés de la Normandie ", " les grandes marées ", c'est bien l'eau - flux des songes, de l'inconscient ; permanence et labilité ; fertilité ou larmes - qui vient irriguer l'écriture du poème. Une écriture d'autant plus suggestive que la phrase, souvent elliptique, préserve et dévoile à la fois le mystère d'une sensibilité, sensualité, à fleur de peau qui joue avec, jouit, poétiquement, de ces mots de tous les jours au plus près de l'expérience sensorielle comme sentimentale ; de la plus matérielle, quotidienne, à la plus amoureusement exaltante : la narratrice dira aussi simplement " la goulache froide ", les " tomates " à " épluche[r] ", les " grosses frites grasses du Nord " ou " olives vertes sur la table ", que, dans un " désir communié ", l'" odeur transportée, transformée " de l'être aimé, le " corps encore chaud au désir du [s]ien " ; deux " corps [qui] se parlaient " ; jusqu'à l'exaltation - où menacent peut-être le désespoir et la folie de " Virginia et ses voix ", même si " aucune trace d'elle " n'aura été trouvée " dans les bibliothèques de [la] ville ". De New York à la Sibérie, en passant par Moscou et Paris, itinéraire d'une évolution amoureuse entre présent du manque et imparfait de la passion, ces textes de L. Podkosova nous offrent un espace-temps dont l'amour la poésie auraient déterminé la courbure. (Martine Morillon-Carreau,
7 à
dire n° 13)
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