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Les Coulanes de Marie-Hélène Verdier (LGR, 3ème trim. 2006)
« Un goût d’orange / comme un Noël… »
(par Martine Morillon-Carreau, 7 à dire n° 24) 

    La terre que Marie-Hélène Verdier « habite en poète » tourne au rythme de celle d’Éluard, évoquée en épigraphe - « bleue comme une orange » - terre enchantée où l’on peut, tir[ant] le suc de l’univers, marcher la nuit sur les routes d’anis étoilé en compagnie des Rois Mages. Et s’ils sont partis, emportant avec eux l’or, l’encens, la myrrhe, la somptueuse couleur solaire cependant, et les suaves et religieuses senteurs balsamiques comme l’outil millénaire de la prière, nous sont - poussière céleste de nos gestes – miraculeusement restitués : heureuse et syncrétique perception d’une magique métamorphose du quotidien, simplicité dévoilant ses merveilles à qui sait l’accueillir avec une humble ferveur, lorsque sur la table les mains / découpent les coulanes / chapelet parfumé !
    Car en Provence, nous précise le poète, on appelle « coulanes »  les « rubans d’écorce obtenus en pelant l’orange amère d’un seul tenant ». Et le nouveau livre de Marie-Hélène Verdier, dans l’exaltation et la célébration des chatoyantes couleurs du monde, sait nous faire goûter à la fois l’amer et le doux des fruits mythiques, qui, au fil des pages, l’éclairent de leur  lumière dorée, depuis le pont aérien des orangers / gorgé de soleil au matin du premier poème jusqu’aux pompes au goût d’orange sur les tables provençales du dernier. Mais parfois aussi les parfums rendent les arbres fous / sous l’ongle du mistral, parfois l’inquiétude naît de la lumière même, comme pour les anciens Grecs, de leur oblique et lumineux Loxias Apollon. Parfois, quand le silence a muré les sources, ou quand la lumière se fait noire, la mort est une porte qu’on ouvre / au bord du ciel / sur un troupeau de nuages et le poète de se demander : « Où sont-ils ceux qui sont partis ? »
    C’est que, même si le sourire et l’humour font pétiller entre autres la toute botanique, très méditerranéenne et plaisamment érudite « Assemblée des verts » de l’Envoi, toujours néanmoins la blessure est à vif et le cortège sournois / des mantes religieuses menace le bonheur ; celui plus léger que glycine / d’une main au parfum d’orange / sur un cou – dans la lumière…Toujours surtout, sous le   fouet mystérieux du silence, l’absolu réclame sa proie.

                                                                                                                                      (par Martine Morillon-Carreau, 7 à dire n° 24)


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